MINISTÈRE DE LA FAMILLE, DE LA PROTECTION SOCIALE ET DE LA SOLIDARITÉ NATIONALE

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INTERVIEW DU MINISTRE BRIGITTE ANGUILE MBA Première partie L'union du jeudi 11/09/2014

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Dans la première partie de l’entretien le minis­tre dresse un bilan d’étape des sept premiers mois passés à la tête de ce département, ré­pond à quelques préoccupations formulées.

 

Madame le ministre, quel regard jetez-vous sur votre département ministériel sept mois après votre prise de fonction?

Il vous souviendra que Son Excellence Ali Bongo ONDIMBA a averti les membres du Gouvernement de ce qu'il n'y au­rait pas d’état de grâce. En effet, le Gouvernement, n'est pas un lieu d'apprentissage.

Je voudrais ajouter que, dès ma prise de fonctions, le pré­sident de la République a pris des initiatives fortes en ce qui concerne la cohésion sociale et le partage de la pros­périté : à cet égard, il a lancé un Pacte social et des Assises sociales.

Pour revenir à votre question, il importe d'abord de sa­voir que c'est un département qui a vocation à prendre en charge les risques sociaux et les prestations relevant de la solidarité nationale.

Composé d'une demi-douzaine de directions générales, il est certainement le département où l'approche genre a tout son sens puisque, à l'exception notable de la direc­tion générale de la promotion des associations, toutes ces directions générales ont à leur tête des femmes. Même si je dois tout de suite préciser que ces femmes ont une ex­périence certaine et un vrai sens du management.

Il convient ensuite de retenir que ce département minis­tériel a deux mille agents répartis sur toute l'étendue du territoire. C'est peut-être le département qui permet de connaître le mieux le quotidien des populations gabonaise les plus vulnérables. A cet égard, une cartographie de ces populations est en cours d'élaboration pour mieux préparer les décisions aux fins de les sortir de la préca­rité.

Enfin, le département dont j'ai la charge a initié nombre d'actions dont certaines sont visibles, parce qu’elles s'adressent directement aux différents bénéficiaires ; d'autres ne sont pas apparentes, parce qu'elles répondent à la refonte de textes organiques devant dorénavant régir ses actions.

D'une manière générale, je voudrais dire que ce départe­ment remplit ses missions, même si je dois souligner que le chemin est encore long pour atteindre les objectifs qui nous ont été assignés.

 

Certaines de vos directions seraient saturées au point qu'elles se soient parfois obligées de pratiquer le turn-over de leurs agents. Pourquoi ne pas envisager des affectations à l'intérieur du pays où il manque du personnel ?

 

Les différentes directions générales, au nombre de six si l'on ne prend pas en compte les organismes sous tutelle, sont confrontées au quotidien à la précarité, à l'exclusion et aux incidences de l'explosion démographique en milieu urbain. Certes, Libreville et son agglomération comptent près de 70 % de la population gabonaise. Néanmoins, vous avez raison, il importe que les ruraux aussi bénéfi­cient de la présence de l'administration. Cependant, notre territoire est couvert par les coordinations provinciales dans tous les chefs-lieux de province et les centres sociaux dans tous les départements.

C'est pourquoi, dans les prochains jours, un audit des res­sources humaines va être mené pour favoriser une meil­leure utilisation des ressources humaines.

S'il est vrai que le ministère en charge de la Prévoyance sociale souffre d'un manque d'espace pour la gestion et l'utilisation optimale de ses ressources humaines, cela reste partagé par nombre d'administrations. Aussi, ten­tons-nous à rester performants malgré ce handicap.

La solution qui consisterait à affecter tous azimuts les agents à l'intérieur doit, elle aussi, obéir à une logique ra­tionnelle d'utilisation des ressources humaines. Les per­sonnels des services déconcentrés sont en nombre suffisant.

Ce sont les conditions de travail et l'absence de moyens roulants notamment qui constituent les véritables freins à l'efficience des services sociaux.

Les conditions de logement à l'intérieur du pays, l'ab­sence dans certaines zones d'infrastructures annexes à l'épanouissement peuvent obérer l'efficacité de l'admi­nistration, c'est indéniable. C'est pourquoi, le plan d'ac­tion 2015 que je propose est fondé sur la redynamisation des structures à l'intérieur du pays.

 

Libreville a abrité un colloque sous régional sur la question des veuves, un sujet pour lequel la Première Dame s'est énormément investie. Que retenir de ces assises ?

 

Comme l'a si souvent souligné la Première Dame Madame Sylvia Bongo ONDIMBA « soutenir les veuves, c'est contri­buer à la construction d'une société plus juste ».

Aussi, le colloque sous régional organisé à l'occasion de la quatrième édition de la journée internationale de la veuve a-t-il été le lieu de partage entre les différents Etats participants sur les stratégies, les engagements et les ré­sultats enregistrés dans la lutte contre la spoliation et le devenir de la veuve.

La situation financière, des conjoints survivants bien plus catastrophique que ne le démontrent les statistiques connues, devrait, avec le concours et l'implication de tous, s'améliorer grâce à l'action d’une allocation aux conjoints survivants, à la prise en charge médicale et aux diverses prestations familiales.

Les assises de Libreville auront donc été une opportunité de partager les législations des Etats représentés (Congo, Cameroun, Guinée-Equatoriale et Sénégal) dans la ges­tion active du phénomène de spoliation, de désengage­ment familial, de limite ou d'absence de textes de loi visant la protection des veuves.

En somme, une opportunité de réajustement des poli­tiques en matière de protection de cette frange vulnérable de notre population.

 

Au-delà du discours et des textes pris en leur faveur, auriez-vous quelques statistiques de veuves dont les droits successoraux ont été acquis grâce à l'interven­tion de votre ministère ? De manière générale, avez- vous le sentiment que la situation des veuves et des orphelins a vraiment changé au sein des familles ga­bonaises ?

 

Juger de l'efficacité d'une action ou d'une procédure né­cessite qu'on fasse parfois l'historique du phénomène qu'on tente de réguler.

Nous partons d'une lutte contre des pratiques culturelle­ment admises qui instituent une injustice. A savoir que femme et enfants ne peuvent jouir des fruits du labeur de leur père (mère), conjoint à la mort de celui-ci. C'est cela le caractère injuste de cette pratique qu'on tente d'éradiquer.

La première exigence aura donc consisté à sensibiliser les populations gabonaises au caractère néfaste de cette pra­tique ; par la suite, de revoir l'arsenal juridique permet­tant de lutter efficacement contre ce phénomène ; par la suite et enfin, proposer une assistance juridique à tous ceux et à celles dont le devenir se trouvait compromis par cet état de fait.

La direction générale de la protection de la veuve et de l’orphelin a initié une collaboration avec des cabinets d'avocats, des études de notaires et d’huissiers qui assistent les familles en quête de réhabilitation C'est ainsi qu'en cinq ans, de mars 2009 à mai 2014, les services en charge de la protection de la veuve et de l'or­phelin ont identifié quelques 1800 demandes d’aides di­verses de conjoints survivants dont 550 cas de violences ; soit un cas tous les trois jours.

Cependant, il importe de reconnaître que ces chiffres, bien qu'élevés, semblent en dessous de la réalité. En effet, nous ne les avons pas recoupés avec ceux issus des commissa­riats ou des tribunaux. D'autant que ce n'est pas encore entré dans nos mœurs d'ester en justice, lorsqu’il y a un conflit. Néanmoins, il reste que la stratégie de lutte pour le changement est engagée de façon significative. La jus­tice se voulant équitable, il faut accepter les délais qu'elle se donne pour statuer de façon efficiente sur les cas qui sont présentés.

A cet égard, lors du séminaire sous régional, nombreux sont ceux qui sont revenus sur le rôle des agents du mi­nistère de la Justice parce qu'ils sont porteurs du change­ment de mentalité attendu.

 

Dans le volet Solidarité nationale, vos services sont régulièrement sollicités par de nombreux compa­triotes. De quelle nature sont vos aides et quels sont les critères d'éligibilité ?

En ce qui concerne particulièrement les aides, elles sont orientées vers : les familles économiquement faibles, les personnes vivant avec un handicap, les conjoints survi­vants et les orphelins, les jeunes pères et les filles-mères, les personnes du troisième âge, les personnes sinistrées, les enfants et les jeunes en difficultés sociales.

S’agissant particulièrement des familles économiquement faibles, il importe de savoir que ce sont les familles vivant avec un revenu mensuel inférieur ou égal à quatre-vingt mille francs CFA.

A titre d'information, au terme de l'année 2013, le FNAS a assuré sur toute l'étendue du territoire des aides directes et indirectes à hauteur de plus d'un milliard de francs CFA.

Ces aides étaient destinées en particulier aux personnes vivant avec un handicap, aux indigents ou encore aux conjoints survivants. Il s'agissait notamment de prendre en charge leur frais de santé ou de scolarité.

Il n'en reste pas moins que je suis consciente que le dé­partement dont j'ai la charge doit mobiliser plus de res­sources et œuvrer avec plus d'ardeur pour l'assainissement du climat social.

C'est pourquoi, j'appelle de tous mes vœux et j’incite mes collaborateurs à une mise en œuvre beaucoup plus rapide de la stratégie d'investissement humain du Gabon.

 

En quoi consiste la stratégie d'investissement hu­main ?

En termes simples, je dirais que l'on peut définir cette stratégie autour de trois grandes idées.

D'abord, elle peut être perçue comme une nouvelle vision du développement de notre pays. En effet, à ce jour, on observe qu'un grand nombre de compatriotes sont lais­sés pour compte malgré la relative prospérité du Gabon. La stratégie d'investissement humain propose d'inverser cette tendance lourde en partant notamment du principe que la première richesse d'un pays c'est sa population et non les matières premières comme on a eu tendance à le penser. Jean Bodin ne disait-il pas qu'il n'y a de richesses que d'hommes ? Donc, pour développer un pays, il im­porte de donner à sa population les moyens de participer à ce développement. Ces moyens sont l’éducation, la santé mais aussi le logement et les infrastructures. En un mot, apporter à chaque Gabonais le bien-être physique et moral que la constitution lui reconnaît.

Mises dans de telles conditions, les populations partici­peront par leur productivité et leur créativité au déve­loppement du pays et le partage de la prospérité sera une réalité. Ensuite, elle constitue une nouvelle méthode de distribution de l'aide sociale au Gabon. Car désormais nous partons de l'assistanat à une aide sociale condition­nelle qui doit être porteuse de développement.

Enfin, elle est un plan d’action ciblé et intégré. C’est-à-dire que ce plan concerne les secteurs que je viens de citer. L'association d'actions dans tous ces domaines doit per­mettre dans un horizon de trois à cinq ans de faire sortir de la pauvreté et de la précarité le plus grand nombre de Gabonais ; tout en freinant la progression de ce fléau.

En résumé, la stratégie d'investissement humain est une nouvelle manière de partager la solidarité. Celle-ci doit désormais, comme le veut le chef de l'Etat, Son Excellence Ali Bongo ONDIMBA, porter sur chaque Gabonais qui en a besoin pour lui permettre de participer à son tour au dé­veloppement de notre pays.

 

 

Modifié : 21 / 03 / 2017